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Jean-Claude Laparra (Photo Philippe Hoch)


Dans le cadre de la récente Rencontre interrégionale d'histoire transfrontalière à laquelle conviaient le Historischer Verein für die Saargegend et la SHAL, le général (C. R.) Jean-Claude Laparra a présenté une communication intitulée « Les systèmes allemands de tranchées 1914-1918 ».

Sur le front ouest, de l’automne 1914 au printemps 1918, se déroule une forme de guerre qui n’avait pas été prévue : la guerre de position. Celle-ci commence entre septembre et novembre 1914, lorsque Français et Allemands ne parviennent plus à manoeuvrer sur de longues distances ou de vastes zones et sont contraints à l’immobilisation. Si les belligérants passent assez rapidement de la guerre de mouvement à la guerre de position, c’est que cette forme de guerre ne naît pas ex nihilo. Au début du XXe siècle, l’enfouissement du fantassin est un procédé tactique normal au cours d’une opération en rase campagne : qu’ilavance ou recule, s’il s’arrête, le fantassin « s’enterre ». En outre, l’enfouissement est un procédé de la guerre de siège. L’immobilisation des forces impose donc le passage à la guerre de tranchées et les hostilités prennent alors, pour longtemps, une forme imprévue. L’emploi des tranchées et d’aménagements complémentaires (obstacles, abris, blockhaus, points d’appui, etc.) se perfectionne progressivement en fonction des expériences. L’évolution se fait en trois étapes.
Première étape : automne 1914-début 1915. À la fin de l’automne et dans l’hiver 1914/15, les fortifications de campagne constituent, du côté allemand, comme du côté des Alliés, une ligne encore mince qui semble pouvoir être crevée d’un seul effort. Cette ligne est constituée d’éléments de tranchée ; elle peut aussi être une tranchée continue sur de grandes distances. La capacité de résistance d’un tel dispositif étant limitée, la défense est renforcée. Progressivement, elle est fondée sur l’existence d’au moins trois lignes de tranchées :
- une 1ère ligne pouvant elle-même se décomposer en tranchées successives, pas forcément continues, avec, généralement à l’avant, la tranchée de combat et de guet (Kampfgraben) ;
- une 2e ligne ou ligne principale de résistance (Hauptwiderstandlinie), située plus en arrière ;
- une 3e ligne ou ligne des soutiens (Bereitschaftslinie) abritant des effectifs réservés.
Suivant la complexité de ces trois lignes et de leurs aménagements secondaires, tout ce dispositif couvre une bande de terrain large de plus de 500 m à plusieurs kilomètres.
Deuxième étape : été 1915-été 1916. Dès l’été 1915, ces ensembles de lignes deviennent plus complexes. Les lignes de tranchées examinées précédemment sontappelées globalement Ière position (I.Stellung) et se distinguent alors d’autres lignes appelées IIe position (II. Stellung). La IIe position est située très en arrière de la 3e ligne de la Ire position, séparée d’elle par une zone de terrain large de 2 à 4 ou 5 km en fonction des caractéristiques de la région. De tels dispositifs répartissent la défense dans la profondeur et la résistance est accrue par l’échelonnement.
Troisième étape : fin 1916-1917. Les modifications ultérieures débutent en octobre 1916 avec la création d’une troisième position. En 1917, elles se poursuivent en quatre stades et les principales sont les suivantes :
- interdiction des abris profonds en 1ère ligne et des tunnels à proximité de celle-ci ;
- disparition éventuelle de la 1ère ligne et remplacement par une zone (Vorfeld) s’étendant entre une chaîne de postes et la ligne principale de résistance, avec, entre celles-c,i des nids de mitrailleuses répartis dans la profondeur ;
- organisation du terrain avec une défense en profondeur et en échiquier ; dispersion des unités élémentaires sur des zones ;
- accroissement du nombre des positions.
L’exploitation des chantiers archéologiques permet de mieux comprendre comment étaient organisés ces systèmes de tranchées. Deux exemples de découvertes, au sud de Mulhouse, vont être présentés : une Ière position (avec le détail d’une 1re ligne) au nord de Carspach et dans les environs d’Altkirch ; un élément de la IIe position au sud-est d’Illfurth.
Le général (C.R.) Jean-Claude Laparra est docteur en histoire de l'université de Paris I-Panthéon-Sorbonne. Spécialiste de la Première Guerre mondiale, et plus particulièrement de l'armée allemande, il est l'auteur de nombreux livres et articles publiés dans des revues spécialisées. Il est membre titulaire de l'Académie nationale de Metz.