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Jean-Éric Iung (photo Philippe Hoch)

La 8e Rencontre interrégionale d'histoire transfrontalière, comme on a pu le lire, s'est tenue en Sarre le 10 novembre dernier à Hüttigweiler, en Sarre, à l'initiative du Historischer Verein für die Saargegend, en partenariat avec la SHAL. Cette journée portait sur le thème «Fortification et pouvoir. De l'oppidum celtique aux lignes fortifiées du XXe siècle». Au nom de la SHAL, Jean-Éric Iung, membre du comité et directeur des Archives départementales de la Moselle, a présenté une communication intitulée «Démantèlements stratégiques et démantèlements urbanistiques dans l'espace lorrain (1660-1860)».

Les fortifications urbaines sont par définition des éléments évolutifs de la défense du territoire. Elles sont construites pour répondre à un défi, celui du perfectionnement de l’efficacité des armements offensifs. Leurs concepteurs doivent donc les moderniser au fil du temps, à condition toutefois que les villes soient des lieux importants dans la défense du territoire. Ce fut le cas du temps de la ceinture de pierre de l’époque moderne et surtout du grand moment du « pré carré » de Vauban, lorsque, par exemple, Paris perdit son rang de place forte pour plus de cent cinquante ans au profit des villes frontalières.
Dès avant le milieu du XIXe siècle, il y eut aussi en Lorraine et dans les régions voisines soumises à la domination française des cas de fortifications urbaines qui furent transformées parce qu’on estima qu’on n’en avait plus besoin, pour des raisons différentes et parfois antagonistes. Soit elles disparurent dans leur totalité (La Mothe, Nancy, Mont-Royal), soit elles connurent des modifications sensibles (Metz).
La conséquence de la disparition totale ou partielle des fortifications se lit dans l’urbanisme. C’est particulièrement vrai à Nancy et à Metz. Le XVIIIe siècle français fut la première grande époque de réutilisation des espaces militaires abandonnés. Certes, les murs tombèrent moins vite dans l’espace lorrain qu’ailleurs en France : le mot « boulevard », dont la signification a changé selon que l’on vivait au XVe ou au XIXe siècle, sera le symbole de cette évocation des fortifications disparues avant le grand démantèlement de la Belle Époque.