Philippe Hoch :

 

LA FUITE D'UNE FAMILLE HUGUENOTE DE METZ

SOUS LE GOUVERNORAT DE BELLE-ISLE

 

Public_3

Dans le grand salon de l'Hôtel de Ville de Metz

(photo Philippe Hoch)

 

On sait quel traumatisme, profond et durable, la révocation de l'édit de Nantes constitua pour Metz et le pays messin. Le bilan en fut « dramatique ». Dans les jours qui suivirent l'enregistrement de l'édit de Fontainebleau par le parlement de Metz, le 22 octobre 1685, débuta l'exode des huguenots. Près du cinquième de la population messine, par fidélité à la Réforme, se résolut ainsi à abandonner biens, position sociale, famille parfois, pour une vie nouvelle incertaine sur un sol étranger. Massifs dans les premiers temps, les départs se poursuivirent pendant plusieurs années, voire durant des décennies. Ainsi, la Révocation produisit ses effets négatifs jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, sous le gouvernorat de Belle-Isle, en raison de la persécution dont les « nouveaux convertis » demeurés attachés à la foi de leurs pères restaient victimes.

Le cas des familles apparentées Baudesson, Jacob, Morizot et Jassoy, dont les noms se trouvent inscrits dans l'histoire et le martyrologe du protestantisme messin, en apporte un témoignage éloquent. Cinq membres de ce groupe familial prirent en effet la fuite en 1749, c'est-à-dire à l'apogée du « règne » du maréchal. Un manuscrit, conservé dans les collections de la bibliothèque de la Société de l'histoire du protestantisme français, offre le récit détaillé, rédigé par Suzanne Marie Morizot, épouse Jassoy, de leur départ clandestin pour l'Allemagne, puis les Pays-Bas et l'Angleterre, avant une installation définitive à Hanau. L'ouvrage relate aussi les brimades, vexations et autres mauvais traitements qui conduisirent à la décision de « sortir de Babylone ». Ce document éclaire sous un jour intéressant la situation, encore mal connue, de ce qu'on a coutume d'appeler « l'Église du Désert », dont les membres, réformés convertis de force au catholicisme, continuaient de pratiquer leur culte dans l'intimité du foyer ou à l'occasion d'assemblées clandestines.

Philippe Hoch est président de la Société d'Histoire et d'Archéologie de la Lorraine et ancien président de l'Académie nationale de Metz.