Gérard Michaux :

  

L’ÉGLISE, L’ÉVÊCHÉ, LES ABBAYES

DE METZ ET DE VERDUN

 

Gérard_Michaux

Gérard Michaux

(photo Philippe Hoch)

Dans les années 1720-1760, l’emprise cléricale sur les villes des Trois-Évêchés demeure très forte. À Metz, le plan commandé par Belle-Isle en 1738 montre l’extraordinaire imbrication dans le tissu urbain des propriétés ecclésiastiques, la profusion des églises, des chapelles et des établissements religieux, ainsi que le quadrillage paroissial. Les deux clergés, séculier et régulier, voient leurs effectifs culminer à 850 / 900 membres vers 1760. À Verdun, dont la population passe de 8 000 à 10 000 habitants au temps de Belle-Isle, le maillage religieux est tout aussi serré : sept paroisses intra-muros et trois autres dans la banlieue proche, un chapitre cathédral et deux collégiales, quatorze abbayes et couvents, au point que se justifie pleinement le proverbe selon lequel « on ne pouvait traverser Verdun sans être sonné ».

quartier coislin

Quartier Coislin, détail du plan de Belle-Isle

(Bibliothèques-Médiathèques de Metz)

Les « années Belle-Isle » sont marquées par des orientations nouvelles dans l’épiscopat. Sur le plan doctrinal, la crise janséniste perd de son acuité avec la nomination d’évêques « accommodants ». À Verdun, Hippolyte de Béthune avait fait de son diocèse un foyer vivant de jansénisme épiscopal. Lui succède en 1721 Charles-François d’Hallencourt, ardent partisan de la bulle Unigenitus, mais à l’anti-jansénisme modéré. À Metz, après la disparition en 1732 du janséniste Coislin, son remplacement par Claude Rouvroy de Saint-Simon porte un coup fatal au jansénisme épiscopal. Au plan pastoral, l’esprit de la Réforme catholique s’estompe progressivement. À l’évêque réformateur succède désormais un prélat plus soucieux d’administration et de gestion, plus désireux aussi de répondre au défi du temps, davantage préoccupé enfin de son affirmation sociale.

À Metz comme à Verdun, mais aussi à Toul, recrutement et formation du clergé diocésain demeurent une des préoccupations majeures. Les séminaires requièrent toute l’attention des prélats et à la fin des années 1730, des changements affectent l’orientation de l’enseignement et des modes de penser. Dans les deux villes, il s’agit d’extirper la théologie janséniste.

Saint-Clément

Saint-Clément de Metz

(photo Philippe Hoch)

Abbayes messines et verdunoises connaissent une mutation identique. Si les couvents de mendiants perdent des effectifs, les autres ordres monastiques, et en premier lieu les bénédictins, maintiennent les leurs. Le recrutement connaît une évolution sociologique. Aux fils de la noblesse succèdent les enfants de la bourgeoisie, qui introduisent dans les cloîtres les valeurs et l’esprit de la piété bourgeoise. Des orientations nouvelles apparaissent dans les activités de l’esprit et la production intellectuelle traduit un changement de registre de la spiritualité monastique. Ces religieux tentent d’adapter la vie monastique à un monde en pleine mutation.

L’apostolat missionnaire garde jusque dans la décennie 1750 la faveur des autorités ecclésiastiques. Congrégations mariales et confréries restent le lieu privilégié de l’exercice des dévotions, mais l’évolution du vocable des patronages des confréries et leur souci de mettre en avant leur utilité sociale traduisent des changements dans les mentalités et soulignent l’évolution de la spiritualité. Celle-ci cède le pas aux options politico-religieuses. Les thèses richéristes font irruption au grand jour, en particulier chez les bénédictins. Les mutations sociologiques et intellectuelles qui affectent le clergé après 1730 expliquent également son ouverture aux idées du siècle, de façon beaucoup plus explicite à Metz qu’à Verdun. Le souci éducatif reste aussi une priorité.

Au temps du maréchal de Belle-Isle, le catholicisme évêchois enregistre une mutation profonde et entre dans une nouvelle ère. On pourrait dire que les Trois-Évêchés connaissent alors une religion en transition.

Gérard Michaux, spécialiste de l'histoire religieuse à la période moderne, est vice-président de l'Université Paul Verlaine-Metz, vice-président de la Société d'Histoire et d'Archéologie de la Lorraine et ancien président de l'Académie nationale de Metz.