colloque Belle-Isle 24 sept 2011 002

Jean-Louis Jolin (troisième à partir de la droite)

(Photo Yves Villard)

Lors de la récente rencontre organisée par Renaissance du Vieux Metz et des Pays Messins, en partenariat avec l'Académie nationale de Metz et la SHAL, et qui s'est tenue dans le cadre de «2011, année Belle-Isle», Jean-Louis Jolin a évoqué l'oeuvre de gouverneur et d'urbaniste du maréchal.

«Metz est ma maîtresse», disait le duc de Belle-Isle à son successeur peu avant sa mort. Nommé à Metz presque par hasard, il se prit d'affection pour la ville-capitale des Trois-Évêchés. La transformant, avec au départ des intentions purement militaires, il fit oeuvre d'urbaniste en créant des places, en ouvrant des rues, en transformant une cité vieillissante en une ville moderne du XVIIIe siècle.

Fortifications et casernes

Charles Louis Fouquet, duc de Belle-Isle, a quarante-trois ans lorsqu'il est nommé, en 1727, commandant en chef de la généralité de Metz. C'est un homme ambitieux et efficace. Il comprend vite qu'il peut se servir du développement de Metz comme d'un tremplin pour une brillante carrière.

Belle-Isle est militaire et gouverneur. Il pare au plus pressé en entreprenant les ouvrages de fortification que Vauban avait proposés à la fin du siècle précédent : la double couronne de Fort-Moselle, puis la double couronne de Bellecroix.

À l'abri de ses fortifications, la cité de Metz encore médiévale représentait un obstacle difficilement franchissable. Pour que les convois militaires se déplacent facilement, il importe de disposer de voies suffisamment larges, rectilignes et peu pentues. Des travaux considérables sont alors engagés. On élargit ou on prolonge des rues existantes. On en crée de nouvelles.

Belle-Isle fait édifier des casernes : Basse-Seille, Chambière (infanterie-cavalerie) et Fort-Moselle (cavalerie-artillerie). Des équipements à caractère industriel sont implantés en ville ou à proximité. Il convient d'ajouter l'école d'artillerie, rue de l'Esplanade, et l'hôpital militaire de Fort-Moselle. Des bâtiments publics bordent et animent les nouvelles places urbaines. Des hôtels particuliers et des maisons modernes ponctuent les nouvelles rues.

Place d'Armes

La place d'Armes est le grand-oeuvre de Belle-Isle. Dès son arrivée à Metz, il songe à une place monumentale, assez vaste pour des parades militaires, représentative de la monarchie et située au coeur de la cité. Pendant vingt-cinq ans, les propositions se succèdent, à chaque fois abandonnées. À sa mort en 1761, son successeur, le maréchal d'Estrées, est pressé d'en finir. Jacques-François Blondel, architecte, pédagogue et éminent théoricien, envisage une composition mettant en oeuvre ses théories. Il propose un ensemble de bâtiments regroupant de façon monumentale les pouvoirs civil, judiciaire, militaire et religieux. Le plan est remarquablement organisé suivant des axes orthogonaux réglés sur la cathédrale.

Si tous ces équipements, places et rues sont créés pour des besoins strictement militaires, ils servent surtout au développement de Metz, qui devient une ville moderne et aérée. Les transports et le commerce en bénéficient largement. Tout en restant fidèle à sa vocation, Belle-Isle s'est comporté en soldat, certes, mais en même temps en «honnête homme» du siècle des Lumières. Il a fait oeuvre d'urbaniste. - Jean-Louis Jolin