Jeanne-Marie Demarolle, présidente d'honneur de notre Société, a apporté sa contribution scientifique à la rencontre organisée dernièrement dans le cadre de «2011, année Belle-Isle». Sa communication s'intitulait «Grands travaux et construction de l'histoire urbaine de la Gaule de l'Est». En voici le résumé.

En 1769, paraît le premier volume (cinq autres suivront) d'une monumentale Histoire de Metz, aboutissement de dix ans de travail puisque, dès le 15 juin 1760, avait été lancé publiquement «le projet d'une histoire générale de la ville de Metz». Revenons sur ce titre. Il serait donc question d'une «histoire» et non plus de Chroniques ou d'Annales. Il s'agirait de la «ville de Metz» et non plus des «Evesques de l'Eglise de Metz», titre de l'ouvrage publié par Martin Meurisse en 1634 et violemment critiqué dans l'Histoire de Metz. Il ne s'agirait pas davantage des «Antiquités de Metz», étudiées par Dom Cajot dans un volume sorti en 1760. Dans le tome premier de l'Histoire de Metz, c'est le «livre premier», soit 261 pages assorties de 25 planches et de deux cartes qui est consacré à «Metz antique», autrement dit à la première des quatre époques entre lesquelles les auteurs, Dom Jean François et Dom Nicolas Tabouillot, ont réparti leur matière. Cette première époque va des origines à la mort de Clovis. La présentation qui en est faite a durablement marqué la mémoire collective des origines messines, mais aussi le travail postérieur des historiens locaux.

La publication des deux savants vannistes a des rapports directs avec l'Académie de Metz, alors dénommée Société royale des Sciences et des Arts dans la ville de Metz, et avec le maréchal de Belle-Isle, dont nous célébrons la mémoire en cette année 2011.

Des mises au jour d'«antiquités» bien inégales

Dom Jean François et Dom Nicolas Tabouillot appartiennent tous deux à la Société royale, largement redevable de sa fondation au gouverneur des Trois-Évêchés. En outre, le maréchal de Belle-Isle a expressément recommandé aux membres de la société, qui privilégiaient les activités scientifiques, de se soucier de l'histoire et de la géographie de la province des Trois-Évêchés. Surtout, on peut penser que les nombreuses destructions imposées par le plan d'urbanisme de Belle-Isle ont permis de multiplier, en particulier dans le centre de la ville, les mises au jour d'«antiquités». Ce fut sans doute le cas, mais en réalité, ces grands travaux, à l'instar de ceux de la Citadelle ou de Cormontaigne en leur temps, ont fort peu enrichi le corpus des antiquités messines, dont les premiers éléments remontent à Philippe de Vigneulles. Une trentaine de découvertes seulement, et d'importance très inégale (des «vases», «une urne», deux «pavés»...), faites entre 1700 et 1769, ont laissé une trace utilisable. Trace bien fugace puisque la majorité d'entre elles a été perdue depuis...

Une certaine conception de la romanité de Metz

Or, ce sont précisément les descriptions et les planches de l'Histoire de Metz qui ont fixé la mémoire, une certaine mémoire, de ces découvertes. Mais, au-delà de la portée historique indéniable du témoignage documentaire, il convient de s'interroger, en termes d'historiographie, sur l'approche de l'histoire de Divodurum élaborée dans l'ouvrage des bénédictins. il convient donc de la situer, localement, par rapport aux travaux de Martin Meurisse et de Dom Cajot. Il convient aussi de la replacer dans l'histoire des villes au siècle des Lumières. Alors, dégagés du carcan des fondations mythiques et des chronologies bibliques, soucieux de «preuves» soumises à une critique raisonnée, les historiens n'en nourrissent pas moins leurs histoires urbaines d'une certaine conception de la «romanité» de Metz, de Besançon, de Strasbourg, ou encore de Reims. - Jeanne-Marie Demarolle