Soutenance_Lionel_Metzler

Auteur d'une thèse de doctorat en histoire contemporaine, présentée en 2008 à l'Université Paul Verlaine - Metz, Lionel Metzler, secrétaire-adjoint de la SHAL, nous a fait parvenir un résumé de son travail, qui lui a valu le titre de docteur en histoire. Cette recherche, dirigée par M. Alfred Wahl, professeur émérite, portait sur la politique de germanisation dans la Lorraine annexée.

En 1870, le département actuel de la Moselle était annexé au nouvel État allemand et devenait l’une des présidences de la Terre d’Empire d’Alsace-Lorraine. Cette incorporation provoqua la mise en œuvre d’une politique d’acculturation à visée identitaire, la germanisation, destinée à faciliter l’intégration des populations lorraines au Reich et à susciter leur adhésion au projet national allemand, en passant par la promotion d’une identité régionale (alsacienne-lorraine, puis également plus spécifiquement lorraine, malgré les réticences initiales de certains responsables politiques).

Une politique d’acculturation qui fit débat

Néanmoins, dès 1870 et tout au long de l’annexion, au-delà de cette volonté gouvernementale clairement affichée, les objectifs à atteindre firent par contre fortement débat parmi les responsables politiques et administratifs, que ce soit au niveau national, régional (Alsace-Lorraine) ou infrarégional (présidence de Lorraine et « cercles », c’est-à-dire l’équivalent des sous-préfectures d’aujourd’hui). Il en alla de même pour les analyses, souvent controversées, relatives à l’état d’esprit de ceux que l’on appelait alors les « indigènes », c’est-à-dire les Lorrains et les Alsaciens. Or, de ces objectifs et de ces analyses dépendaient les moyens que l’administration mettait en œuvre pour assurer la réussite de sa politique d'acculturation. « La » germanisation ne fut donc pas une construction consensuelle, dont les objectifs et les moyens furent une fois pour toute fixés au début de l’annexion.

La germanisation étudiée à travers le prisme associatif

Cette politique et ses inflexions, ainsi que les réflexions qu’elles suscitèrent, sont essentiellement abordées dans ce travail doctoral à travers les évolutions du milieu associatif. Cette forme de sociabilité, alors en plein essor, constitue en effet un observatoire privilégié d’analyse des politiques, des pratiques et des représentations culturelles. Elle se situe dans un espace particulier qui était à la fois le fruit des aspirations de la population pour certaines pratiques culturelles, mais aussi le résultat d’une réglementation révélatrice de la politique culturelle à visée identitaire d’un État national. Elle témoigne aussi plus généralement du rapport complexe qui existait entre État et espace public des opinions, à un moment où la société se démocratisait et entrait dans l’ère de la culture de masse. Les évolutions de la politique de germanisation sont à replacer dans ce contexte de transformations sociales et culturelles majeures qui affectaient tout autant le Reich que l’une de ses composantes, la présidence de Lorraine.

Notre photo : Lionel Metzler, lors de la soutenance de sa thèse de doctorat, face au jury, présidé par M. François Roth, professeur émérite à l'université Nancy 2. (Photo Philippe Hoch).