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Dr Heinrich Küppers (photo Philippe Hoch)

Communication du Dr Heinrich Küppers, professeur émérite à la Bergische Universität Wuppertal, lors de la VIe Rencontre transfrontalière d'histoire régionale (Saarwellingen, 31 mai 2008). Résumé traduit en français par le Dr Andreas Wilhelm.

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L'exposé s'est fixé comme but de montrer que Johannes Hoffmann était un véritable «Européen» (ein Europäer) et de peindre un tableau de ses principes, de ses visions, mais aussi de son échec personnel. Au fond, c'est l'année 1934, date du premier plébiscite en Sarre, qui a vu naître cet «Européen» qui a pour nom Johannes Hoffmann. Ce dernier, bien qu'il ait été un bon patriote allemand, s'est vu contraint de réfuter le retour de la Sarre en Allemagne, étant donné que ce pays se trouvait sous l'emprise totale de la dictature nazie. Hoffmann, de son côté, a préféré défendre le statu quo. Sa fuite ultérieure au Luxembourg et au Brésil achevèrent de faire de lui un «Européen» à part entière, qui savait très bien, en 1945, que les États nationaux s'étant discrédités eux-mêmes par deux grandes guerres qu'ils avaient déclenchées seraient désormais dépourvus de toute sorte de légitimité. Quant à lui, il poursuivait depuis longtemps son projet de paix personnel.

Projet de paix

Friedensobjekt, l'Europe unie. C'est ainsi qu'après 1945 Johannes Hoffmann s'est transformé en idole du mouvement autonome sarrois dont l'objectif était de convoquer un parlement régional et de mettre en oeuvre un gouvernement sarrois qui s'opérerait sur la base d'une constitution démocratique et sous l'égide de la France. Il était prévu que le gouvernement en question jouisse de compétences plénipotentiaires dans le domaine socio-culturel, alors que le secteur économique et monétaire, aussi bien que la politique étrangère incomberaient entièrement à la puissance d'occupation.

La Sarre, première petite pierre de la maison commune européenne

Ce projet de paix (Friedensobjekt) était conçu comme le meilleur reflet de la réconciliation franco-allemande et - c'est ce que Hoffmann désirait fortement - il devait assumer une espèce de fonction initiale dans un processus qui finirait par déboucher dans l'Europe unie. On attribuait donc à la Sarre un rôle précurseur et exemplaire. Elle devrait se considérer comme la première petite pierre de la maison commune européenne (Baustein Europas) et servir de station de relais (Relaisstation) en intégrant d'abord la Lorraine et le Luxembourg, deux régions avec lesquelles elle partageait l'héritage sidérurgique.

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Johannes Hoffmann

La mise en oeuvre de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) a été, par conséquent, un premier pas dans la bonne direction, selon Johannes Hoffmann. D'après lui, Sarrebruck aurait parfaitement convenu pour le site des institutions européennes qui seraient encore à créer. C'est même avec virulence qu'il luttait pour une «Sarre européenne» et exigeait que l'Allemagne et la France y déblaient le chemin par la négociation d'un «statut sarrois».

L'échec du visionnaire européen

Mais l'échec de la communauté de défense a marqué aussi la défaite de la Sarre européenne et en même temps la défaite personnelle de Hoffmann en tant qu'«homme politique et visionnaire européen». Le «statut sarrois» qui a finalement vu le jour comme une sorte de substitut et qui est devenu l'objet d'un plébiscite en octobre 1955 a été le produit secondaire du traité de Paris ; il n'était qu'un trompe-l'oeil dépourvu d'esprit européen. Pour Johannes Hoffmann, ce statut a constitué une déception dès son origine.

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Photo extraite du site : www.saar-nostalgie.de

Tout de même, il l'a défendu avec passion la veille du plébiscite et cela aussi parce qu'il se croyait obligé de reprendre la lutte contre l'ancienne alliance des nationalistes. La Sarre, foncièrement une création d'après 1945, pouvait maintenir son caractère d'État après son intégration dans la RFA. Elle a continué à donner des impulsions dans le domaine de l'amitié franco-allemande et aussi dans la politique européenne. C'est ainsi que son rôle historique s'est définitivement consolidé dans l'histoire de l'Europe.