Saarwellingen_Fran_ois_Roth

François Roth (photo Philippe Hoch)

Au nom de la S. H. A. L., François Roth, professeur émérite d'histoire contemporaine à l'université Nancy 2, a présenté une communication lors de la VIe Rencontre transfrontalière d'histoire régionale, le 31 mai 2008, à Saarwellingen. Elle portait sur les «racines» de l'Europe de Robert Schuman ; une figure à laquelle François Roth vient de consacrer une importante biographie, à paraître à l'automne 2008. On trouvera, ci-dessous, le résumé de cette communication. - Ph. H.

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S’interroger sur les raisons, sur les motivations qui ont conduit Robert Schuman à engager après la Seconde Guerre mondiale une politique européenne, puis à se faire pendant dix ans après son départ du Quai d’Orsay le pèlerin convaincu et inlassable de l’Europe nous oblige à rechercher dans trois directions.

L’idée de l’Europe, composante de la culture de Schuman

La première direction, la plus commode, la plus naturelle, consiste à remonter en amont jusqu’à la formation et à la jeunesse de Robert Schuman pour essayer de dégager comment, dans son esprit, s’était formée peu à peu une idée de l’Europe qui est devenue une composante de sa culture, un socle de sa pensée et qui a été une lente et décisive préparation aux fonctions qu’il a exercées après 1945. La destruction par Robert Schuman lui-même de ses archives personnelles dans les jours qui ont suivi son retour à Metz à la fin du mois d’août 1940, demeure une perte irréparable que nous nous efforcerons de combler.

Une double culture, française et allemande

Il convient de mettre l’accent d’abord sur son ancrage luxembourgeois et belge, puis sur l’acquisition d’une double culture : l’allemande et la française. À la suite de la Première Guerre mondiale, Robert Schuman devient français à l’âge de 32 ans. Son rapport à l’Allemagne se modifie, puis change radicalement au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Entre 1919 et 1940, sans être un spécialiste reconnu des affaires étrangères, Robert Schuman voyage en Allemagne, en Italie, dans l’Europe centrale et balkanique. Il est lucide sur les conséquences désastreuses du traité de Versailles et de la persistance de l’antagonisme franco-allemand. Peu à peu et notamment au cours des épreuves qu’il subit durant la Seconde Guerre mondiale, il est conduit à méditer sur la situation de l’Europe et à réfléchir aux modalités de sa pacification et de son redressement. La composante religieuse, catholique de la culture et de la pensée de Robert Schuman le conduit aussi à s’orienter dans ce sens.

La recherche d’une nouvelle relation franco-allemande

La seconde direction, la plus politique et la plus connue aussi, est l’analyse de la politique européenne du ministre des Affaires Etrangères à partir de l’été 1948. Il lui fallait trouver des réponses concrètes à la division de l’Europe et en premier lieu à celle de l’Allemagne imposée par les Soviétiques. Dès son arrivée aux affaires, Schuman dut se colleter avec le blocus de Berlin imposé par Staline !

Ce fut la recherche délicate, tâtonnante d’une nouvelle relation franco-allemande qu’il fallait construire avec la jeune République de Bonn qui se mettait en place au cours de l’été 1949. Cette nouvelle relation ne serait plus seulement bilatérale et s’inscrirait dans une Europe qu’il fallait construire et qui serait garante de paix entre les nations. Elle conduit à la déclaration du 9 mai 1950 et à la CECA.

La troisième direction correspond aux années 1953 et 1960, au cours desquelles Robert Schuman voyage à travers l’Europe, exerce des responsabilités au Mouvement européen et préside le parlement européen. Robert Schuman s’est exprimé devant des auditoires très variés et a rédigé des textes dont les plus significatifs ont été réunis dans le livre Pour l'Europe. - François Roth